La symphonie du jeudi

Du mois de mai au mois d’octobre, le jeudi, je ne prends jamais mon petit-déjeuner dehors et je m’arrange pour ne pas avoir de travaux à faire à l’extérieur une bonne partie de la journée. En effet, dès 7 h 30, la symphonie des moteurs de tondeuses, et autres engins motorisés sonorise mon quartier.

Il faut vous dire que, sur ma rue, sur une vingtaine de terrains, nous ne sommes plus que trois propriétaires à tondre nous-même notre gazon (dont 2 avec une tondeuse électrique). Comme on dirait que les trois entreprises qui se partagent les contrats se sont donné le mot pour travailler la même journée, durant plusieurs heures les tondeuses, souffleuses, aspirateur-broyeurs et coupe-herbes occupent l’espace sonore et émettent des gaz à effet de serre (GES).

 

Vous avez dit électrification?

On sait qu’au Québec, l’électrification est un des moyens efficaces de lutter contre les émissions de GES. En 2015, le Gouvernement du Québec s’est doté d’un Plan d’action en électrification des transports – 2015 – 2020. D’ici 2020 (dans 2 ans!), le gouvernement souhaite que plus de 100 000 véhicules électriques et hybrides roulent sur nos routes. Il incite donc les citoyens et les entreprises à privilégier les véhicules électriques pour leurs déplacements. On peut s’attendre à ce que ces objectifs soient revus à la hausse, même s’il semble encore qu’il soit difficile d’atteindre cet objectif. La Chine, le Royaume-Uni et la France souhaitent interdire la vente des véhicules à carburant fossile d’ici 20 à 30 ans.

Si le Québec suit ce mouvement, est-ce à dire que dans quelques années les entreprises horticoles se déplaceront en camion électrique, mais continueront à tondre et entretenir les aménagements paysagers avec des engins munis de moteurs à essence?

À moins que des recherches soient en cours sans qu’elles soient publicisées, je ne vois pas d’entreprises qui proposent des équipements professionnels électriques. La mise au point de tels équipements nécessite souvent des années de travail. Si ces recherches ne sont pas commencées, il serait temps de le faire.

 

Au Canada, depuis 2010 les nouveaux modèles de petits moteurs hors route à allumage commandé ne doivent pas avoir des émissions de monoxyde de carbone supérieures à 603 grammes par kilowattheure.

 

Vous avez dit pollution sonore?

On sait aujourd’hui que l’exposition répétée au bruit peut causer des problèmes de santé tels que le stress, l’hypertension et les maladies cardiovasculaires. À tel point que plusieurs groupes (notamment le Regroupement québécois contre le bruit [RQCB]) et institutions (par exemple l’Institut national de santé publique du Québec [INSPQ]) demandent que le gouvernement dote le Québec d’une Politique publique de réduction du bruit. Ce problème fait même l’objet d’une campagne de sensibilisation mise en place par le gouvernement.

 

campagne-bruit-routierDans le cas des opérations d’entretien horticole, l’utilisation d’outils électriques, souvent beaucoup moins bruyante, pourrait aider à amenuiser les impacts de ce problème.

 

Une tondeuse à essence produit autour de 90 décibels, alors que la limite souhaitable est de 85 dB.

 

Proactif plutôt que réactif

Historiquement, les entreprises qui forment l’industrie horticole ont tendance à réagir plutôt que d’être proactive. Elles attendent que le gouvernement légifère pour réagir.

Dans ce dossier, comme il y a plusieurs années avant que les obligations prennent forme (même si selon moi les mesures devraient être prises rapidement), les entreprises en entretien d’aménagement paysager (et pourquoi pas aussi celles en création, mais le défi est plus grand) devraient se doter d’une politique d’électrification de leurs opérations.

Établir un dialogue avec les manufacturiers, mettre en place de nouvelles procédures de travail (par exemple, mettre à charger les batteries en arrivant chez le client), se doter d’un échéancier devrait être des actions entreprises dès aujourd’hui.

De plus, faire la promotion de cette approche durable rendrait l’industrie de l’horticulture ornementale plus verte.

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4 Commentaires

  • Serge Fortier EPCC

    Les tondeuses à essence sont en effet un fléau au niveau des émission de GES et du bruit. Mais le principal problème vient du fait qu’on continue à privilégier la pelouse sur de trop grandes surfaces. Déjà, si on encouragerait les gens à faire autrement que de la pelouse, on diminuerait par le fait même les besoins de tondeuses. Et cela se fait pour beaucoup moins cher que d’établir une pelouse et tous les soins qui vont venir avec. Nous n’aurions donc pas besoin d’attendre après des modèles électriques haute performance pour les entreprises de tonte de pelouse. De plus, les écosystèmes s’en porteraient mieux, moins d’engrais perdus dans l’environnement, moins de pesticides de tout genre car la pelouse nécessite une foule de soins coûteux pour l’environnement et pour le porte monnaie. SVP, prenez connaissance de l’approche Respect nature sur http://www.sergefortier.com. Les changements ne doivent pas venir du gouvernement mais des gens qui auront changé leur façon de faire parce qu’ils auront été sensibilisés à des moyens à leur portée leur apportant un plus dans leur vie au lieu d’une contrainte supplémentaire. C’est ce que l’approche Respect Nature offre. Quand un mur de brique craque, on ne change pas que les briques brisées, on refait la fondation pour régler le problème. Inventer de nouvelles tondeuses ne règlera pas tous les problèmes qu’apporte la mode pelouse si encrée dans nos mœurs Nord-Américaines.

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    • Blogueur

      Merci Serge. Un commentaire très pertinent. Par contre je ne pense pas que le gazon disparaîtra un jour totalement. Il n’y a qu’à penser aux parcs, espaces verts et terrains sportifs. Il faut donc réduire les superficies de gazon et trouver des solutions pour les surfaces qui restes. Tu remarqueras aussi que je parle des souffleuses qui ne disparaîtront pas du paysage de sitôt. Il y a bien l’autocompostage dans les paltesbandes, mais celui-ci prendra encore du temps à s’implanter.

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  • Levert Evodie

    On doit tous faire notre part ça c’est sure! Dans notre entreprise, Botanix levert Paysage, nous avons choisis de changer l’offre de services des entretiens de terrains. Depuis 2017 tous nos équipements d’entretien sont a batteries (souffleurs, taille-haies, tondeuses, débrousailleuses et scies) Les clients APPRÉCIENT beaucoup l’aspect Éco-Responsable, la diminution du bruit, les odeurs d’essence sont partis. De plus, les résultats est aussi rapide. Je vous dirai meme que nos frais d’entretien de ces petits outils ont diminués considérablement. Également, les employés apprécient travailler pour toutes les mêmes raisons et en plus c’est plus léger!
    Voila un petit pas dans la bonne direction! Ah oui… aussi notre véhicule pour aller voir les clients est 100% électrique!

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    • Blogueur

      Bravo Evodie! C’est bien la preuve qu’il y a des pistes de soultions.

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