L’horticulture ornementale existera-t-elle encore en 2035?

Drôle de question? Elle m’est venue à l’esprit après avoir pris connaissance de trois informations.

Il y a quelques jours, 15 000 scientifiques de 184 pays lançaient un cri d’alarme sur l’état de la planète. Pour eux, la baisse de la disponibilité de l’eau potable, la déforestation, la baisse du nombre de mammifères, l’émission de gaz à effet de serre sont quelques-unes des menaces auxquelles font face l’humanité et les équilibres écologiques.

Au même moment La semaine verte à Radio-Canada présentait un reportage sur la microferme Les Quatre Temps. On y voit André Desmarais (une des personnes les plus riches du Québec) s’inquiéter pour la qualité de la nourriture de ses petits enfants. Alors que son frère, Paul jr, a investi des millions dans le fameux domaine de Sagard, lui décide d’investir dans une nouvelle forme d’agriculture : la microferme en culture biologique.

Quelques jours avant, une étude fouillée de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL) en Suisse, et publiée dans la revue Nature et Communications, tout comme l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), considère que l’on pourrait nourrir l’humanité grâce à l’agriculture biologique (à condition de réduire gaspillage de nourriture et la consommation de produits d’origine animale). Voilà des années que l’on nous disait le contraire. Comme quoi les choses évoluent.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que ces trois nouvelles m’ont interpellé.

 

Une industrie extrêmement jeune

Pour comprendre où on va, il faut parfois regarder en arrière pour mieux comprendre la trajectoire sur laquelle on est située. L’industrie de l’horticulture ornementale actuelle est extrêmement (le mot est choisi) jeune. En effet, pendant des millénaires, seuls les plus riches pouvaient créer des jardins ornementaux. Dès qu’ils avaient accès à un lopin de terre, les gens du peuple y cultivaient des légumes. Ce n’est seulement qu’à partir du début du 20e siècle que le jardinage commence à se démocratiser (les bourgeois se font faire des jardins). Il faut attendre la fin de la Deuxième Guerre mondiale, il n’y a donc qu’un peu plus de 70 ans, pour connaître une véritable démocratisation de l’horticulture ornementale. Plus de 2 000 ans de jardinage de subsistance, ça compte!

 

Alors, de l’horticulture ornementale en 2035?

Précisons la question : l’horticulture ornementale comme nous la connaissons actuellement existera-t-elle encore en 2035? Pour moi la réponse est non. Avec la dégradation de l’environnement à venir et surtout la multiplication des extrêmes climatiques nous serons plus dans la résilience (capacité d’une communauté de s’adapter aux événements afin de limiter les effets des catastrophes naturelles et de retrouver un fonctionnement normal le plus rapidement possible [Wikipédia]) que dans la décoration. Pour moi, dans 20 ou 30 ans, nous reviendrons à ce que l’humanité a presque toujours connu, une horticulture ornementale pour les riches. Il y aura donc un marché de l’horticulture ornementale, mais à beaucoup plus petite échelle.

 

Est-ce à dire que l’on cultivera moins de végétaux?

Non, au contraire, on devra en cultiver encore plus. Par contre, on les cultivera pour des raisons différentes.

D’une part ce sera pour leurs capacités environnementales (capacités à absorber les gaz à effet de serre, à fixer des poussières, à résister aux inondations où à la sécheresse, etc.) qui seront prises en compte. L’aspect esthétique sera secondaire.

D’autre part, les plantes comestibles prendront une grande importance. En effet, en termes de résilience, l’agriculture de proximité sera primordiale. On ne pourra plus compter sur des approvisionnements venant de plusieurs milliers de kilomètres alors que les infrastructures routières seraient détruites. Pour des raisons de plus en plus évidentes, le maraîchage biologique prendra une place prépondérante. Quelques plantes décoratives seront encore présentes, mais de manière beaucoup plus anecdotique.

 

Horticulture environnementale et horticulture comestible

Pour moi, d’ici une vingtaine d’années l’horticulture ornementale comme on la connaît aujourd’hui aura laissé la place à l’horticulture environnementale et à l’horticulture comestible. La première nous permettra de respirer et de vivre dans des conditions décentes. L’autre, de nous nourrir. Au cours des prochaines années, il nous faudra passer d’un extrême à l’autre de la pyramide de Maslow. Après avoir rempli les besoins d’accomplissement et de créativité (situés en haut de la pyramide), notre industrie devrait « redescendre » pour combler les besoins physiologiques primaires. Tout un revirement!

 

Investir massivement pour être prêt

Ce changement de cap, qui ne se fera pas sans douleur pour les entreprises qui auront du mal à s’adapter, doit être anticipé.

L’horticulture comestible, car elle est issue d’une longue tradition, s’adaptera assez facilement. C’est déjà commencé avec la croissance de la culture biologique, l’émergence de la permaculture, une augmentation du nombre de granitiers de semences patrimoniales, etc. De ce côté, je suis persuadé que nous serons prêts.

Pour ce qui est de l’horticulture environnementale, une science plus récente, la situation est moins reluisante. Nous devons investir massivement dans les recherches sur les phytotechnologies (phytoremédiation, plantes pour la gestion des eaux pluviales, capacité d’absorption des polluants, capacité de résilience après une agression naturelle, etc.). Nous devons étudier comment nos plantes indigènes, qui ont une longueur d’avance puisqu’elles sont déjà adaptées à notre territoire, peuvent nous aider à régler les problèmes environnementaux que nous avons créés. Nous devons établir de nouvelles procédures d’implantation et d’entretien afin de minimiser leurs impacts sur l’environnement.

Collectivement (c’est-à-dire par le biais des subventions), nous devons abandonner les recherches pour améliorer une couleur de fleurs ou encore leur nombre. Il est urgent que nous nous consacrions à financer les recherches en horticulture environnementale. Il en va de la survie de notre espèce… et de nos entreprises.

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