Potager en façade et acceptabilité sociale

Depuis quelques semaines le dossier des potages en façade a refait surface dans l’actualité. Un citoyen de la ville de Québec a été condamné à payer une amende pour avoir contrevenu au règlement municipal. Ce qui est intéressant dans ce cas, c’est que la plainte a été déposée par un voisin et non par l’administration municipale.

Ce cas démontre donc que la tolérance (on n’intervient qu’en cas de plainte d’un voisin) pratiquée par plusieurs municipalités a ses limites. L’acceptabilité sociale ne se gagne pas par la multiplication des projets et devant le fait accompli. Elle doit être accompagnée et supportée.

Dans le cas des potagers en façade, l’acceptabilité sociale fait face à deux enjeux majeurs.

 

La façade, un espace public

D’une culture à l’autre, l’espace qu’occupe la façade des résidences n’est pas perçu de la même manière. Dans les pays de culture latine (France, Italie, Espagne, etc.), le terrain en avant de la façade est considéré comme un espace privé. Par contre dans les pays de culture plus anglo-saxonne (Royaume-Uni, États-Unis, Canada, etc.) cette zone de terrain est considérée comme un espace public. C’est pour cela qu’elle est souvent sujette à réglementation.

Au Québec, à l’instar des pays anglophones, la façade d’une résidence est considérée comme un espace public puisqu’elle est rarement entourée de clôture ou de mur qui l’isole de la rue. C’est pourquoi de nombreux résidents considèrent cet espace comme faisant partie de leur environnement direct. À ce titre, ils jugent qu’il doit être à « l’image » du quartier.

 

La sacro-sainte unité visuelle

Depuis l’arrivée de l’horticulture ornementale à la fin des années 1960, on a vu une accélération de la mise en place d’une unité visuelle sur les jardins de façade. À l’instar des maisons (certains quartiers sont tellement réglementés qu’il n’y a pas de place pour l’originalité), les aménagements paysagers sont devenus stéréotypés, pour ne pas dire monotone et terne (entré d’auto, gazon, platebande, trottoir, un arbre, etc.). Cette standardisation de l’espace « public » a renforcé chez plusieurs citoyens le sentiment que l’ensemble des façades de la rue faisait partie d’un tout dont ils étaient les garants de l’unité.

Alors, quand un résident vient « briser » ce bel ensemble, il ne faut pas s’étonner que les réactions soient vives.

 

Des stratégies pour augmenter l’acceptabilité sociale

La première passe bien entendu par la réglementation. En autorisant ce type d’aménagement, on désamorce bien des crises potentielles. De plus, en balisant ce type d’aménagement, on peut éviter des dérives qui seraient des sources de conflit.

La deuxième stratégie consiste à inclure ce changement dans une véritable politique de l’agriculture urbaine dans la municipalité. Un plan d’ensemble de l’agriculture urbaine et périurbaine, avec des objectifs et des missions clairs, favorise la compréhension des citoyens… et augmente l’argumentaire des administrations municipales.

La troisième c’est d’informer les citoyens. De tels changements ne peuvent se faire sans un minimum d’éducation. Par exemple, on peut conseiller aux premiers résidents qui souhaitent faire un potager en façade :

  • d’en parler avec leurs voisins et de leur expliquer le projet avant sa création;
  • d’éviter les aménagements qui pourraient choquer. Ils devraient chercher à créer un potager qui est comptable avec le paysage ambiant;
  • de partager les surplus de plantes comestibles avec leurs voisins. De cette manière, ces derniers se sentent partenaires du projet et ils deviennent des « surveillants » qui peuvent prévenir les vols ou le vandalisme.

Une réglementation adéquate issue d’une politique de l’agriculture urbaine municipale bien communiquée auprès des citoyens est à la base d’une transition réussie… et peut être d’un paysage moins standardisé.

 

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