Pourquoi les mythes n’existent (presque) pas en horticulture!

Depuis quelques années, dans la médiasphère il est de bon ton de remettre en question les affirmations du passé. En fait, dans les médias, officiels ou pas, règne le phénomène des « fakes news », des fausses informations, des informations fallacieuses, des infox, des réalités alternatives, des faits alternatifs ou des vérités alternatives. D’un côté il y aurait ceux qui les publient et de l’autre, ceux qui les dénoncent. En fait, la situation n’est pas aussi simple et certains médias qui se targuent de les chasser vont parfois eux aussi en commettre.

L’horticulture comestible n’échappe pas à ce phénomène. Plusieurs médias et chroniqueurs horticoles essayent de démontrer que des faits avérés depuis des années sont en fait des vérités alternatives. La plupart du temps, ils regroupent leurs affirmations sous la rubrique « mythes ». Mais qu’est-ce qu’un mythe? Les dictionnaires en donnent plusieurs définitions. Cela peut être un récit mettant en scène des êtres surnaturels, des actions imaginaires, des fantasmes collectifs, etc., ce peut être une allégorie philosophique, un personnage imaginaire dont plusieurs traits correspondent à un idéal humain, un modèle exemplaire, un mythe peut aussi être un ensemble de croyances, de représentations idéalisées autour d’un personnage, d’un phénomène, d’un événement historique, d’une technique et qui leur donnent une force. Plus récemment on lui a donné un autre sens, celui d’invention de l’esprit, de croyance répandue, mais infondée, de légende urbaine, bref de mensonge.

Or, pour qu’il y ait mensonge, il faut qu’il y ait vérité, et la vérité dans les sciences de la nature n’existe pas. Pourquoi? Parce que la nature est beaucoup trop complexe pour que l’on puisse en tirer des vérités absolues. C’est encore pire quand il y a intervention de l’homme… comme dans le cas en horticulture.

Comme je le répète souvent dans mes conférences, « la meilleure technique qui existe c’est celle que vous utilisez dans votre jardin comestible, pas celle édictée par un spécialiste ou votre voisin ». Pourtant, il arrive parfois qu’une technique qui a fait ses preuves de nombreuses années ne fonctionne pas une autre année. Les raisons : le climat (chaleur et froid), les précipitations, la variété, le sol, les apports de matières organiques, l’attention du jardinier, etc. Donc, comment peut-on dire que telle ou telle technique est mensongère, que c’est un mythe, alors qu’un très grand nombre de facteurs, parfois hors de contrôle du jardinier, interviennent au cours d’une saison de culture et ont donc une influence sur le résultat.

Prenons quelques exemples et commençons par les tomates. L’affirmation : « Comme on peut faire mûrir les tomates dans un sac, donc à l’abri de la lumière, elles n’ont pas besoin de lumière pour mûrir. L’effeuillage est un mythe » est souvent répétée. Il s’agit là d’un beau sophisme. En fait, du stade de la nouaison au stade dit adulte, les tomates ont besoin de lumière pour compléter leur grossissement. Ce n’est pas sans raison que la nature à doter les fruits de chlorophylle. Une fois le stade adulte atteint, la tomate PEUT, et c’est là toute la différence, mûrir sans lumière. À partir du stade adulte, c’est effectivement plus l’éthylène que la lumière qui la fait mûrir. De plus, ce que ne dit pas cette affirmation, c’est que des études sérieuses ont démontré que les fruits qui mûrissent à l’ombre ont moins de goût et de qualités nutritives moindres que ceux mûris au soleil. Exposer les tomates au soleil n’est donc pas un mythe, et en climat nordique les risques d’insolation sont très peu élevés.

« Le compagnonnage est un mythe. » Les partisans de cette affirmation se basent sur le fait que l’association des plantes n’empêche pas la présence des insectes ravageurs et des maladies. Le problème c’est que les adeptes du compagnonnage n’ont jamais fait cette affirmation. Dans les faits, cette technique complexe permet un contrôle biochimique PARTIEL des insectes ravageurs et des maladies. C’est une des techniques naturelles de contrôle des parasites. Toutefois, le compagnonnage a beaucoup d’autres aspects positifs. Les associations servent à implanter des interrelations physiques, comme l’apport d’ombre ou la protection contre le vent. Elles sont utiles pour installer des barrières physiques qui dérouteront les insectes ravageurs à la recherche de leurs proies. Elles ont des effets bénéfiques au niveau du sol. Par exemple, les fabacées ajoutent de l’azote qui sera utilisé par les autres plantes. Des légumes à l’enracinement superficiel qui côtoient ceux à l’enracinement plus profond « travaillent » le sol différemment et permettent ainsi une gestion optimale de l’eau. Finalement, les associations contribuent à une meilleure organisation de l’espace. Où est le mythe? Ce qui est encore plus étrange c’est que les détracteurs du compagnonnage sont aussi les promoteurs des trois sœurs, cette association ancestrale entre le maïs, la courge et les haricots.

« L’utilisation des plantes bio-indicatrices est un mythe. » Pourtant, le botaniste et agrobiologiste Gérard Ducerf a rédigé l’Encyclopédie des plantes bio-indicatrices alimentaires et médicinales, un document de plus de 1 000 pages, reconnues par les instituts de recherche en agriculture à travers le monde. Là encore, l’observation des plantes bio-indicatrices est une science complexe, où aussi bien la présence que l’absence de telle ou telle plante doit être prise en compte. Donc, mythe, certainement pas! Technique très DIFFICILE À UTILISER incontestablement.

« Dire que les coquilles d’œufs sont un amendement calcique est un mythe. »

En fait, les coquilles des œufs de poule étant constituées en grande partie de carbonate de calcium sous forme de calcite cristallisée ou amorphe et de magnésium, elles peuvent modifier le pH du sol. Tout comme la chaux dolomitique! Il y a toutefois une condition : les coquilles doivent être réduites en fine poudre. Sous la forme écaillée, la situation est différente. De plus, ces changements se font à très long terme. En 6 à 12 mois et plus, la poudre de coquilles peut avoir les mêmes effets que la chaux et entraîner de très légères modifications du pH. Donc, très finement broyées, les coquilles d’œufs ajoutées au sol peuvent à très long terme avoir des effets sur les propriétés chimiques du sol. En amendement d’entretien, il faudra prévoir la poudre de 20 à 35 œufs par mètre carré, 6 fois plus lors de la création d’un nouveau potager. Encore une fois, on se base sur des données PARTIELLES pour définir un mythe.

« Dire que les aiguilles de pin acidifient le sol est un mythe. » Encore une fois, tout est question de BONNE INTERPRÉTATION des données. Plus elles sont jeunes, plus les aiguilles de pin ont un pH acide. En séchant, leur pH augmente et plus elles se décomposent, plus leur pH se rapproche de la neutralité… comme la plupart des matières organiques. Donc tout dépend de niveau de séchage des aiguilles lorsqu’elles tombent sur le sol.

Les mythes que je préfère sont ceux basés sur des affirmations que je n’ai jamais vues en 50 ans de carrière. Par exemple que l’aspirine pouvait être utilisée comme hormones d’enracinement. Avant de découvrir ce « mythe », je n’avais jamais lu cette affirmation. Je me demande encore qui a bien pu avoir l’idée d’utiliser de l’aspirine pour faire des boutures. Sûrement pas un horticulteur sérieux. Je me demande aussi pourquoi en faire un mythe alors qu’il s’agit en fait d’une simple fausseté. Je me demande si certaines personnes ne créent pas des informations pour en faire par la suite des mythes. On dirait que toute fausse information devient un mythe. Preuve que nous avons bien plus affaire à un phénomène médiatique qu’à une réelle volonté de bien informer. Ce que je trouve aussi intéressant c’est quand le titre indique un mythe, mais qu’à la lecture on s’aperçoit en fait que ce mythe n’existe pas réellement.

Les exemples précédents, et je pourrais en présenter d’autres, démontrent clairement que le plus souvent ranger des informations horticoles dans la catégorie des mythes est dû à une mauvaise interprétation ou encore à une méconnaissance de certains détails. Alors, la prochaine fois que vous tomberez sur un article qui présente des mythes, demandez-vous si ce sont vraiment des mythes. Si les informations présentées sont les bonnes. Oui, il existe bien quelques rares fausses informations qui n’ont aucune base scientifique. De là à en faire des mythes!

Donc, en ce qui me concerne, les mythes horticoles sont très rares. Ils n’en existent presque pas. Le plus souvent, des non professionnels sont à la base de ces faussetés. Pourquoi ne pas simplement dire, si on en a l’assurance que c’est faux. Certaines erreurs ont la vie dure. Tout comme dans la nature, en science horticole, il n’existe pas de vérité absolue. Trop de paramètres rentrent en ligne de compte. La nature est ainsi faite et pour une relation harmonieuse avec elle, il vaut mieux de l’humilité que de l’arrogance.

Articles reliés

5 petits fruits bien de chez nous

Le Québec est riche en petits fruits indigènes appartenant à la famille des éricacées et poussant en milieu acide. Voici comment les cultiver au jardin fruitier… ou pas.

Lire la suite

Les rotations ou l’alternance bénéfique au potager

Une technique ancestrale toujours d’actualité et qui évite bien des problèmes, et surtout qui permet de réduire l’utilisation des biopesticides.

Lire la suite

0 Commentaire

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.