L’agriculture urbaine n’est pas un loisir!

Traditionnellement, et surtout depuis les 50 dernières années, le jardinage pratiqué par des amateurs était considéré comme un loisir. Sa finalité étant décorative, la culture des plantes ornementales arrivait bien loin après la concrétisation des besoins de base (boire, manger, se protéger, etc.). Dans les municipalités, le plus souvent, la gestion des jardins communautaires ou collectifs était sous la responsabilité du service des loisirs. C’est pourquoi, aujourd’hui, plusieurs administrations municipales confient le développement de l’agriculture urbaine à ce service. En ce qui me concerne, je pense que ce n’est pas souhaitable. En effet, l’agriculture urbaine et même périurbaine offre des possibilités et des fonctions qui sont nombreuses et spécifiques, bien au-delà du simple loisir.

 

De nombreuses possibilités

L’agriculture urbaine peut prendre de nombreuses formes en terme:

  • de lieux: au sol, hors-sol, sur toit ou dalle, sur les terrains résidentiels, municipaux, institutionnels, commerciaux, industriels (friches industrielles), etc.;
  • d’échelle: balcon, jardin, quartier, ville, région, etc.;
  • d’acteurs non marchands: habitants, associations, municipalités, institutions publiques, gouvernements, écoles (cantines), chercheurs, etc.;
  • d’acteurs marchands: agriculteurs, horticulteurs producteurs, entrepreneurs privés commerciaux ou industriels (restaurants), architectes paysagistes, agronomes, urbanistes, etc.;
  • de productions: légumes, fruits, fines herbes, fleurs comestibles, œufs, poules, volailles, miel, champignons, poissons (aquaponie), etc.;
  • de support de productions: terre, terreau, substrat, eau (hydroponie et aquaponie), etc.;
  • de distribution: autoconsommation, autocueillette, troc, échanges, dons, marchés publics, ventes à la ferme, commerces indépendants, grande distribution, restaurants, tables d’hôte, paniers bios, etc.

Cette énumération montre bien que la grande variété de formes que peut prendre l’agriculture urbaine en fait une activité à part entière.

 

Une très grande multifonctionnalité

La multifonctionnalité de l’agriculture urbaine est aujourd’hui bien documentée. Cette activité touche les fonctions:

  • environnementales: baisse des niveaux de GES, gestion du recyclage et des déchets, gestion des eaux pluviales, diminution des produits toxiques (sol et air), augmentation de la biodiversité, lutte contre les îlots de chaleur, etc.;
  • de l’aménagement urbain: réduction de l’étalement urbain, accroissement de la résilience humaine ou environnementale, partie prenante du mouvement citoyen, etc.;
  • de la santé et des saines habitudes de vie: prendre l’air, faire de l’exercice, lutter contre la malbouffe et l’obésité, etc.;
  • d’éducation: acquisition de connaissances sur la production, nutrition, protection de l’environnement, sensibilisation à la protection de la nature, promotion de la résilience, etc.;
  • d’interactions sociales et de loisirs: refaire les liens sociaux, tisser des liens intergénérationnels, favoriser la mixité et la cohésion sociale, être un antistress , apporter détente et plaisirs, favoriser le contact avec la nature, etc.;
  • de développement économique: augmenter la sécurité alimentaire, développer l’économie circulaire, augmenter les besoins en main-d’œuvre (microferme), insérer économiquement des démunis, lutter contre les déserts alimentaires, lutter contre le gaspillage, etc.

L’énumération de ces fonctions montre clairement que l’agriculture urbaine répond aux trois objectifs du développement durable : environnemental, social et économique. Elle met aussi en lumière le fait que l’agriculture urbaine est bien plus qu’un loisir, cette dimension n’étant en fait qu’une des nombreuses fonctionnalités.

 

Où placer l’agriculture urbaine dans l’organigramme municipal?

Avec ses nombreuses possibilités et ses multiples formes, l’agriculture urbaine est difficile à rattacher à une direction ou un service.

À mon avis, dans un premier temps, et notamment parce que l’agriculture urbaine risque de transformer la trame urbanistique, elle devrait être rattachée à la direction de l’urbanisme ou de l’environnement. Suivant les responsabilités accordées aux directions, celle des travaux publics pourrait aussi prendre l’agriculture urbaine sous sa responsabilité. Une personne ayant les compétences spécifiques pour gérer ce service devrait être embauchée, surtout si aucun employé n’a cette expertise.

Toutefois, à plus long terme, si l’agriculture devient un élément significatif du développement, une direction devrait émerger. Par contre, elle devrait alors inclure la ville nourricière, une dimension encore plus grande de la ville comestible. En effet, cette notion inclut l’agriculture traditionnelle et influence les systèmes de distribution et la disponibilité de l’alimentation.

À cause de son influence grandissante, il va falloir définir la place de l’agriculture urbaine au sein des administrations municipales. Une réflexion s’impose donc.

Articles reliés

Connaissez-vous les Spins Farms?

Pratiquée dans certains pays d’Europe depuis de nombreuses années, de plus en plus populaire au Canada et aux États-Unis, cette forme d’agriculture urbaine est peu répandue au Québec. Elle...

Lire la suite

Les végétaux peuvent-ils éviter des souffrances à l’humanité?

Au début du mois, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) publiait le Rapport spécial sur les conséquences d’un réchauffement planétaire de 1,5 °C. Dans ce rapport,...

Lire la suite

4 Commentaires

  • Bertrand Dumont

    J’ajoute ici un très intéressant commentaire de F.P. Nadeau
    Bonjour Bertrand. Du point de vue de l’autosuffisance alimentaire, l’agriculture urbaine peut sans doute être vue comme autre chose qu’un loisir. Ceci étant dit, ayant participé à l’aménagement de plusieurs jardins communautaires, je me dois de dire que ce « loisir » est l’un, sinon LE moins dispendieux des loisirs en comparaison avec les loisirs sportifs qui réclament des équipements de plus en plus dispendieux faisant de ces sports des loisirs réservés à l’élite alors que le jardinage est économiquement accessible à beaucoup plus de personnes. Alors qu’une saison de ski, de hockey ou de soccer coûte des centaines de dollars et nécessite des aménagements et des infrastructures pour le moins énormes (arénas, pistes de ski, plateaux sportifs) le jardinage ne demande que quelques dizaines de dollars une fois le jardin aménagé. Sur une petite surface, il est possible d’aménager des dizaines de jardinets. Chacun de ces jardinets dessert 1.5 utilisateur. Ce qui veut dire qu’un jardin communautaire offrant 100 jardinets permet à 150 personnes de jardiner. Deux équipes de hockey font jouer 12 personnes. Deux équipes de soccer font jouer 22 personnes. Quant au ski, çà prend une montagne pour pratiquer ce sport ! C’est un pensez-y-bien ! Qu’en dis-tu ?

    Répondre
    • Josée Bouchard

      Très intéressant comme réflexion!!! Mais par contre c’est pas tout le monde qui aiment jardiner….

      Répondre
      • Blogueur

        Par contre, le fait de jardiner «utile» pourrait changer les choses… mais il y aura toujours des non-jardiniers. C’est pourquoi toutes les formes d’agriculture urbaine ou d’horticulture comestible sont intéressantes.

        Répondre
  • Octavia

    Tout à fait d’accord, une reflexion s’impose :) Je suis heureuse de voir l’ampleur que l’agriculture urbaine et périurbaine prend.

    Répondre

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *