Repenser le concept de jardinerie en milieu urbain

Les spécialistes le disent et le redisent, au cours des prochaines années, une partie de plus en plus grande de la population vivra en milieu urbain. Les autorités municipales et supramunicipales (communauté métropolitaine) se sont donc engagées dans une densification du territoire afin de minimiser le problème de l’étalement urbain. Cette vision s’accompagne d’une refonte des réseaux de transports collectifs.

Parallèlement, le marché grandissant du commerce électronique aura de plus en plus d’influence sur les commerces de détail. Plusieurs spécialistes considèrent que les centres commerciaux et les zones commerciales (de type Dix30) seront appelés à disparaître sous leur forme actuelle. De plus en plus, les magasins deviendront des vitrines ou des points de dépôts. De nombreux espaces commerciaux seront requalifiés en espaces à bureau (notamment pour les entreprises de services informatiques).

Ceux qui pensent que le commerce électronique horticole n’est pas pour demain peuvent aller dès aujourd’hui sur les sites de Amazon et Etsy (notamment). Et ce n’est qu’un début.

Finalement, la multiplication des marchés fermiers, urbains et autres est le signe que les consommateurs sont de plus en plus à la recherche de commerces de proximité.

 

Les conséquences de ces changements

Au cours des prochaines années, on devrait donc voir une densification du territoire, un développement des transports collectifs et donc une diminution des gens possédant une automobile, ainsi qu’une influence grandissante du commerce en ligne.

Traditionnellement, les jardineries étaient situées à la périphérie des villes, le plus souvent inaccessibles par transport en commun et souvent basé sur une expérience visuelle et tactile.

Cette manière de fonctionner pourra-t-elle perdurer dans les années à venir? À mon avis non!

 

Les éléments à prendre en compte

En milieu urbanisé, les plus grandes « menaces » à l’exploitation d’une jardinerie pourraient être… les autorités municipales. Dans la vision de densification, il y a aussi « densification des revenus ». Il est facile de comprendre qu’une jardinerie (un espace peu bâti qui rapporte de manière saisonnière) génère beaucoup moins de taxes municipales qu’un immeuble à bureaux de plusieurs étages qui est une excellente source de revenus.

Repousser les jardineries en limite des municipalités ne représente pas une option valable puisque de moins en moins de personnes possèdent une voiture (tendance lourde chez les plus jeunes qui s’amplifie avec les voitures en partage).

Dans le même temps, le commerce en ligne représente une opportunité puisqu’il peut y avoir un délai entre le moment où la commande est passée et celui où elle est récupérée.

 

Repenser le modèle actuel

Tout concourt donc à ce que dans les années à venir on voit l’apparition d’un nouveau type de jardineries. Celles-ci seraient situées dans le tissu urbain, mais elles seraient de plus petites dimensions que celles présentent à l’heure actuelle sur le territoire. Ces « petits » espaces proposeraient un choix limité de plantes et de produits (axé sur l’agriculture urbaine!). Ils serviraient de point de ramassage pour les commandes faites en ligne. On peut aussi penser que ces jardineries serviraient de « catalogue » où les consommateurs pourraient voir les plantes qui leur seraient directement livrées à domicile.

Dans ces conditions, une entreprise présente dans une ville pourrait avoir plusieurs emplacements de petites dimensions, plutôt qu’un seul grand espace. De cette manière, ces localisations seraient plus accessibles et plus incluses dans le tissu urbain. Accessibles par transports collectifs, commerces de proximité, elles répondraient aux attentes des nouveaux consommateurs.

 

Une chaîne d’apprivoisement à revoir

Un tel bouleversement dans le marché des jardineries s’accompagnerait aussi de grandes modifications dans la chaîne d’approvisionnement. En effet, pour « alimenter » les petites jardineries, il faudrait créer des centres de distribution à l’extérieur (mais assez proche) des zones urbaines. Une entreprise pourrait avoir son propre centre de distribution ou encore les regroupements d’achats pourraient opérer ces centres.

Ceux-ci pourraient alimenter les jardineries, mais aussi s’occuper des commandes faites sur Internet et qu’il faut livrer directement chez les clients.

Les entrepreneurs paysagistes n’auraient pas le «droit » de s’approvisionner dans les jardineries urbaines, le centre de distribution leur étant réservé.

Une telle organisation aurait comme avantage d’utiliser des terres peu coûteuses (plus on se rapproche des centres-villes, plus elles sont chères) pour les opérations de livraisons, manutentions et d’entreposage qui nécessitent de grands espaces.

Par un système électronique efficace de commande (notamment par la gestion automatique des inventaires), les jardineries pourraient être ravitaillées une ou plusieurs fois par jour en haute saison, ou une à deux fois par semaine en basse saison.

De la science-fiction? Seul l’avenir le dira.

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6 Commentaires

  • Albert Mondor

    Bertrand, tu es un véritable visionnaire ! La lecture de ton article sur les jardineries en milieu urbain m’a fait triper au plus haut point. Que d’opportunités se présentent à l’industrie horticole et à ceux qui voudront bien les saisir !

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  • Bertrand Dumont

    Merci Albert. J’espère que ces propositions, qui pourront bien entendu être bonifiées, feront leurs chemins dans la jeune génération.

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  • CLAUDE VALLEE

    Tout à fait en accord avec ton article sur les Jardineries Bertrand. Bravo ! Il y a de nouvelles opportunités à saisir pour notre industrie..

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  • Blogueur

    Sans compter que ces nouvelles infrastructures pourraient être des espaces parfaits pour présenter plusieurs phytotechnologies! Des jardineries «salle de démonstration»! Pourquoi pas?

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  • Lise Gobeille

    Tu frappes dans le mille avec cette vision de la jardinerie du futur en milieu urbain, et j’espère que nous ne tarderons pas à en voir, car le besoin est déjà présent! Bravo pour cet article.

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  • Paul

    Si telle est la tendance, longue vie aux micro jardineries urbaines! Pour ma part je reste loin du village, loin de la ville, sans annelles ni legumes ni semences, mais la passion du different m’habite, mon commerce reste fidele à l’image que je me fait du commerce, avant tout un espace où j’y suis heureux . Bien le bonjour de Haiti, je prends un ti punch à ta santé, mon ami Bertrand!

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