Est-ce qu’il y a trop de nouvelles plantes mises en marché chaque année?

Avec le printemps horticole qui est à nos portes (eh oui!) apparaît une multitude de nouveautés. Encore une fois cette année, les catalogues regorgeront de nouvelles variétés de végétaux : un peu plus rose, un peu moins rose, un peu plus courte, un peu plus haute, un peu plus double, etc. Tout pour attirer les « tripeux » de plantes. Par contre, on peut se demander si pour les nouveaux consommateurs de jardinage, ceux qui recherchent surtout la simplicité, c’est une bonne affaire.

 

Une nouveauté chasse l’autre

Dans la plupart des industries, un nouveau modèle chasse l’autre. Dans l’automobile, les modèles 2017 remplacent les modèles 2016 (souvent vendus au rabais en fin de saison). Dans le monde des petits électroménagers, c’est pareil. Un modèle amélioré voit la disparition du précédent. Pas en horticulture. Il y a quelques années, on comptait six ou sept variétés d’échinacées. On en compte aujourd’hui près de… 150. Je me souviens, il y a quelques années, avoir recensé plus de 800 nouvelles variétés de fleurs annuelles. Il y avait bien entendu une déclinaison de couleur dans les espèces les plus populaires. Mais quand même : 800! Impossible pour un amateur de s’y retrouver.

Il faut se poser la question : toutes ces nouveautés sont-elles un plus pour les consommateurs? En fait, mon premier réflexe, et je ne suis pas le seul, c’est de me dire que le choix sera trop difficile. Dans l’impossibilité de choisir, soit je me tourne vers des valeurs sûres et éprouvées, soit je choisis d’autres espèces de plantes dont les variétés sont moins nombreuses.

 

Tester sur le terrain?

Il faut aussi se demander, à la vitesse où les nouveautés éclosent, si elles sont véritablement adaptées à nos conditions de culture. Pour les plantes ligneuses, le test de la culture en champ permet de « vérifier » si la plante est acclimatée. Par contre pour la majorité des plantes herbacées on peut « contourner » cette mise en situation au champ. Parfois avec des conséquences négatives dont les consommateurs feront les frais… et l’industrie aussi. À force de faire des promesses que l’on ne tient pas, les consommateurs, et principalement les nouvelles générations, risquent de se détourner de l’horticulture.

 

Proposer des valeurs sûres

Au cours des dernières années, il m’est arrivé plusieurs fois de me faire demander par de jeunes jardiniers : « Quelles sont les plantes qui sont des valeurs sûres? Vous savez nos bonnes vieilles plantes de grands-mères! » Il suffit d’observer l’engouement grandissant pour les Fêtes des semences où, la plupart du temps, on propose des variétés anciennes, pour constater que les plantes « éprouvées » font recette.

 

Établir des critères de choix

Avant de proposer une nouveauté aux consommateurs dans une jardinerie, il faudrait que celle-ci réponde à plusieurs critères :

  • est-ce qu’il s’agit réellement d’une « nouveauté » et non d’une amélioration (couleur, forme, hauteur)?
  • cette plante a-t-elle vraiment de meilleures performances que celle que l’on vend jusqu’à maintenant (dans l’affirmative, le « vieux » cultivar devrait être retiré de la vente)?
  • ce cultivar est-il stable et surtout adapté aux conditions climatiques de la région? A-t-il été testé dans des jardins de la région?
  • cette plante correspond-elle vraiment aux attentes des consommateurs?
  • la profondeur de ligne proposée répond-elle aux attentes des consommateurs? Par exemple, les consommateurs souhaitent peut-être avoir le choix entre 25 variétés de tomates, mais entre cinq choix des cultivars d’échinacées.

Je suis persuadé que si l’on utilisait ces critères, la liste des nouveautés proposées aux consommateurs par les jardineries réduirait grandement.

 

Trop de choix tue le choix!

Qui n’a pas déjà vu un enfant devant un long menu de restaurant être dans l’incapacité de choisir! Trop de choix tue le choix. Plusieurs études ont démontré que devant un trop grand nombre de possibilités plusieurs personnes feront le choix… de ne pas choisir.

Dans le contexte où les jeunes générations (millénium et génération X) se sentent « incompétents » en jardinage, cette multiplication des possibilités risque de les rebuter. La simplification passe aussi par un meilleur ciblage des plantes proposées et une profondeur de ligne adaptée au marché. Je pense donc qu’il est temps de se poser la question sur cette fuite en avant qu’est l’ajout de nouveautés… et d’y apporter rapidement des réponses.

 

Favoriser la biodiversité

Réduire l’ajout de nouveautés ne veut pas dire réduire la biodiversité. Il faut au contraire limiter le nombre de variétés à celles qui sont les plus performantes dans une espèce, mais multiplier le nombre des espèces afin de se donner plus de possibilités pour contrer les effets de changements climatiques.

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1 Commentaire

  • Lise Trudel

    Entièrement d’accord avec vous. J’ai personnellement décrochée de la chasse aux nouveautés quand les échinacées ont envahies le marché et que les prix ont explosés (16,99$ pour un format de 1 gal). De plus il n’était pas rare de constater que le produit n’était pas nécessairement prêt pour la vente. Par exemple des boutures fraîchement rempotées vendues au même prix qu’un produit fini!

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